Enquête académique

Que pensent les Français de l’application Stop Covid ?

6 juillet 2020

Lancée le 2 juin dernier par le gouvernement, supervisée par le ministère des Solidarités et de la Santé et le secrétariat d’État au Numérique, l'application StopCovid a été téléchargée trois semaines plus tard par 1,9 millions de Français, alors que son équivalent allemand a atteint les 10 millions de personnes en trois fois moins de temps. Quelles sont les raisons d'un tel désintérêt ?

C'est pour tenter de comprendre les enjeux liés à cette question que Vesselina Tossan, maître de conférences au Cnam, équipe pédagogique nationale Stratégies, a démarré une recherche académique. Un questionnaire dans lequel certaines questions peuvent paraître redondantes, mais parce qu’il s’agit de mesurer un « concept », et donc de valider que les personnes ont répondu de manière similaire aux trois ou quatre questions relatives à ce concept. Vous pouvez d'ailleurs participer à cette enquête en cliquant sur le lien ci-contre.

Le contexte de l'application

Stop Covid utilise seulement le Bluetooth des smartphones. Le Bluetooth est utilisé pour obtenir une estimation, sur la base d’un modèle statistique, de la proximité entre deux téléphones. L’objectif est d’identifier si vous risquez une contamination par le Covid-19 parce que vous avez passé 15 minutes à un mètre ou moins d’une personne infectée par le virus. Les données échangées entre les téléphones sont des pseudo-identifiants, c’est par exemple une suite de numéros, de lettres ou de signes qui ne permet pas par elle-même d’identifier une personne. Un pseudo-identifiant est renouvelé automatiquement toutes les 15 minutes. Ces données sont partagées par votre application avec le serveur, géré par le ministère des Solidarités et de la Santé, seulement si vous êtes testé positif au Covid-19 et avec votre accord. Cela permet aux applications des autres utilisateurs d’interroger le serveur pour savoir si elles ont été à proximité de votre application. Si c’est le cas, les utilisateurs seront alertés qu’ils ont été exposés à un risque de contamination. Il leur sera alors recommandé de prendre contact avec leur médecin. Les données stockées sur le téléphone et sur le serveur sont automatiquement effacées après 14 jours.

Vesselina Tossan, maître de conférences au Cnam

« Effectuant depuis longtemps des recherches académiques sur les modèles d’adoption d’applications innovantes relatives à la santé ou au coaching, je me suis intéressée à cette application liée à l’actualité de la crise sanitaire. Pourquoi les gens la téléchargent ou ne la téléchargent pas ? Quels sont les profils de ceux qui la téléchargent et de ceux qui ne le font pas ? Avec mes collègues enseignants-chercheurs, nous avons bâti un « modèle » inspiré d’autres modèles existants dans le domaine du marketing ou des systèmes d’information, modèle qui avance des explications possibles et que nous nous proposons de valider scientifiquement grâce aux données que des volontaires voudront bien nous envoyer de manière anonyme en répondant à notre questionnaire. Les résultats de cette enquête pourront aider les parties prenantes à apporter des améliorations à l’application afin de la faire télécharger davantage. Car le gouvernement souhaite que plus de personnes la téléchargent notamment en cas de seconde vague... »